Les Forteresses Naturelles, la clé pour Affronter les Tempêtes

Ensemble, les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers marins constituent de formidables barrières naturelles contre les effets du changement climatique tels que les ondes de tempête et l’élévation du niveau de la mer. Ils devraient ainsi être collectivement protégés.

Écrivain: SL Wong

Édité par: YH Law

Traduction: Traduit par Lucie Benoit | Édité par Gilles Bernard

Publié: 21 juillet 2023

Cette histoire fait partie de la série #SeaWorld de Macaranga.

(Image : la densité et la structure racinaire des mangroves protègent efficacement les côtes contre les ondes de tempête | Photo: SL Wong)

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LA DERNIÈRE mousson du sud- est a été mauvaise pour les Sabahans. Plus de 13 000, soit 93%, des victimes des inondations du pays se trouvaient dans l’État le plus pauvre de Malaisie. Les habitants de la côte ont été durement touchés.

“Le jour de Noël, il y a eu une combinaison de tempête et grande marée. Cela a causé beaucoup de dégâts à Kota Belud, Pitas, Sandakan et Kota Kinabalu”, raconte Malinda Auluck, consultante en environnement spécialisée dans la gestion du littoral.

“L’un des pires cas s’est produit à Pulau Mantanani où plusieurs maisons se sont effondrées. Certaines fonctionnaient comme des maisons d’hôtes, ce qui a eu un impact sur les moyens de subsistance d’une communauté qui luttait déjà pour rebondir après la pandémie.”

Les tempêtes ont été le fléau des petites communautés insulaires comme Mantanani, Sabah, comme le montre cette photo de 2021. (Reefcheck Malaysia)

De plus en plus de communautés les plus vulnérables de Malaisie sur les îles et les côtes continentales souffrent des effets des ondes de tempête. Et la Malaisie a une grande longueur de côtés – 4 800 km. Le gouvernement prévoit que les impacts du changement climatique pourraient “affecter près de 2,5 millions de la population et toucher 16% de notre superficie (50 000 km²)” (NAHRIM-2017).

En raison du réchauffement de la planète, les ondes de tempête vont devenir plus intenses (voir menu). Ceci, ainsi que l’élévation du niveau de la mer, sont les principales menaces pour les côtes, note le dernier rapport national sur l’action climatique de la Malaisie à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC; 2021).

Les ondes de tempête sont une élévation temporaire du niveau de la mer dans une zone spécifique causée par des tempêtes. Lorsque le niveau de la mer monte en raison de la crise climatique, cela amplifie les ondes de tempête, selon le centre de sciences du climat Climate Signals . De plus, à mesure que la planète se réchauffe, les ondes de tempête dans les tropiques s'intensifient et gonflent, ce qui pousse ensuite les vagues plus à l'intérieur des terres, aggravant les inondations. Le niveau de la mer en Malaisie devrait augmenter de 0,28 à 0,74 m d'ici 2100 (NAHRIM-2017).

Les impacts en termes d’inondations, d’érosion du littoral et d’inondation permanente des terres augmentent en nombre et en ampleur. Les Malaisiens paient déjà des milliards de ringgits en dommages, déplacements sociaux et moyens de subsistance perturbés, et tragiquement, en pertes de vies humaines.

Le fait est que la Malaisie a déjà en place des forteresses naturelles qui sont très efficaces contre l’assaut des mers qui se réchauffent : les mangroves. En raison de leur densité et de leurs racines aériennes, les mangroves côtières peuvent atténuer les ondes de tempête en ralentissant l’écoulement de l’eau et en réduisant les vagues de surface, en particulier les ondes rapides. 

En fait, la Malaisie possède la 6ème plus grande couverture de mangroves au monde avec 630 000 ha. Environ 60% desquelles se trouvent à Sabah, dont presque toutes sont des réserves forestières.

“Tant qu’elles restent protégées, elles restent intactes, c’est notre défense contre les ondes de tempête”, explique Auluck.

Plus loin dans la mer

Mais les mangroves ne sont pas la première ligne de défense contre les ondes de tempête. C’est le rôle d’un autre écosystème marin plus loin dans la mer : les récifs coralliens.

“[Les récifs coralliens] dissipent également l’énergie des vagues. Mais je tiens à souligner que les récifs coralliens sains (sont ceux qui) aident. Si vous avez des récifs coralliens endommagés, il s’agit simplement d’une énorme quantité de gravats roulant avec les vagues donc l’énergie des vagues n’est pas dissipée.

Les récifs coralliens en Malaisie sont cependant fortement menacés, et pas le moindre par les mers qui se réchauffent, qui ont et peuvent anéantir des récifs entiers par le blanchissement.

Néanmoins, les scientifiques mènent des recherches approfondies pour sauver les récifs (voir le Reportage Photo).

Et puis il y a les herbiers marins, le troisième écosystème côtier de Malaisie qui aide à atténuer les impacts climatiques. Les herbiers marins poussent entre les récifs coralliens et les mangroves.

Les trois écosystèmes travaillant de concert sont particulièrement efficaces contre les ondes de tempête, explique l’écologiste corallien Affendi Yang Amri.

Alors que les vents poussent les vagues de tempête vers le rivage, les vagues frappent en premier les récifs coralliens. Ceux-ci absorberont la majeure partie de l’énergie. Lorsque les vagues frappent ensuite les herbiers, les feuilles dissipent plus d’énergie. Lorsque la vague affaiblie atteint les mangroves sur le littoral, les racines de ces dernières absorbent le reste de l’énergie.

“Si vous avez les trois écosystèmes devant [une côte], vous êtes le plus à l’abri de l’érosion et des ondes de tempête”, résume Affendi.

S’adapter à l’élévation du niveau de la mer

Les écosystèmes pourraient théoriquement continuer à protéger les côtes même face à la montée des mers. Ils le font par accrétion, essentiellement en « construisant » des substrats ou des terres pour maintenir des conditions idéales pour prospérer. 

À mesure que le niveau de la mer monte, les récifs coralliens se développent vers le haut tandis que les herbiers marins et les mangroves piègent les sédiments avec leurs racines et « migrent » vers la terre.

Cependant, Affendi pense que le niveau de la mer monte actuellement trop rapidement. Et lorsque les développeurs construisent derrière les mangroves – comme ils ont tendance à le faire – ils ne laissent aucun espace pour que la mangrove puisse s’étendre.

Le slogan pour protéger, gérer et restaurer les écosystèmes est Solutions Basées sur la Nature (SBN). Selon la définition de l'UICN, ces actions sont bénéfiques pour les sociétés et la nature.

Spécifiquement pour la Malaisie côtière, les SBN font référence aux actions sur les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers marins.

Un rapport clé de 2020 fournit des données de base précieuses sur le paysage des SBN côtières, telles que rassemblées, catégorisées et évaluées pour la première fois par 14 experts dans divers domaines des SBN.

Ils ont identifié 229 actions. Celles-ci vont des sphères récifales (Reef Balls) au Sarawak et de la translocation de brins d'herbes marines à Sabah, à la replantation de mangroves à Penang et à la cogestion communautaire locale du Parc marin de Pulau Tioman.

Cliquez sur le titre déroulant pour en savoir plus sur les projets écosysté-miques de la Malaisie, également appelés « solutions basées sur la na-ture », et cliquez sur la carte pour l'agrandir.

Quoi qu’il en soit, sur les côtes où deux ou tous ces écosystèmes se trouvent combinés, ils doivent non seulement être protégés mais aussi gérés et restaurés collectivement.

Les principales recherches préconisant cette approche indiquent que l’utilisation d’un seul habitat pour protéger la côte réduit les systèmes naturels à de simples alternatives aux structures côtières artificielles.

Cela “sous-utilise le potentiel de tous les habitats présents sur l’ensemble du paysage marin”.

Cependant, les politiques et la gestion de chaque écosystème ont tendance à être isolées des autres écosystèmes, explique la biologiste marine et responsable politique Cheryl Rita Kaur.

“Les parcs marins sont classés pour conserver les récifs coralliens… Les mangroves ont leurs propres politiques et leurs propres aires protégées par le biais d’agenda [gouvernementaux]. Mais les herbiers marins [font face] à un problème plus important en Malaisie – ils n’ont pas leur propre statut protégé. Dans le même temps, il existe un énorme fossé entre les politiques et leur mise en vigueur.

“Aujourd’hui il n’y a plus beaucoup d’herbiers marins par rapport à il y a 10 ou 20 ans. Et c’est principalement dû au développement côtier.”

En raison de leur capacité à séquestrer le carbone, la conservation des herbiers marins ainsi que des mangroves est devenue “sexy" (Michael Yap)

Néanmoins, Cheryl dit que les mangroves et les herbiers marins sont récemment devenus “sexy en raison du pic d’intérêt de la part du gouvernement et des entreprises pour la compensation carbone. Et cela est dû aux super-pouvoirs des écosystèmes pour absorber et à stocker le carbone.

“Les habitats côtiers capturent et stockent bien mieux le carbone que les forêts terrestres, explique Cheryl. Sur le plan politique, ce mécanisme ainsi appelé carbone bleu a gagné en popularité en 2021 après que la Malaisie s’est engagée sans condition à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45 % d’ici 2030.”

L’intérêt a été encore alimenté par l’augmentation du commerce du carbone et le lancement d’une bourse malaisienne du carbone l’année dernière.

Séquestration de carbone peu chère

Le carbone bleu est attrayant car il est rentable, déclare Cheryl, chercheuse à l’Institut malaisien des affaires maritimes.

Une “intervention” pourrait être aussi simple que de laisser les arbres et les herbiers marins là où ils se trouvent, pour faire leur travail – séquestrer le carbone. “L’utilisation de ces services carbone pourrait également fournir des incitations aux investissements privés dans la conservation.”

Elle met toutefois en garde contre les lacunes dans les connaissances, les données, les politiques et la gestion.

Loin d’être prêts

Affendi est plus direct. “Nous ne sommes pas prêts pour le carbone bleu. Les données de base et la science ne sont pas là.” Il dit que les défenseurs de l’environnement sont “inondés” par les demandes des entreprises pour compenser leurs émissions de carbone en achetant des crédits générés par la restauration des mangroves et des herbiers marins.

“Mais nous ne connaissons pas les taux de séquestration du carbone [des mangroves et des herbiers] pour la Malaisie. Pour les herbiers, on ne connaît même pas leur surface. En fait, Macaranga a constaté que la couverture officielle des mangroves en Malaisie péninsulaire n’est peut-être pas exacte non plus.

If coral reefs grow in the same area as mangroves and seagrasses, the three ecosystems should be collectively managed (Cintai Tioman).
Si les récifs coralliens poussent dans la même zone que les mangroves et les herbiers marins, les trois écosystèmes devraient être gérés collective-ment. (Reefcheck Malaysia)

Alors que l’intérêt pour le carbone bleu pourrait être une aubaine pour la conservation côtière, il serait contre-productif s’il séparait davantage la gestion des récifs coralliens, des herbiers et des mangroves.

Affendi se méfie en effet du fait qu’un changement d’orientation vers le carbone bleu pourrait mettre de côté la conservation des récifs coralliens – et, ironiquement, les écosystèmes de carbone bleu eux-mêmes.

“Les coraux ne sont pas une affaire de carbone bleu car ils ne séquestrent pas le carbone… Mais si vous négligez l’écosystème marin qui protège les écosystèmes de carbone bleu, alors c’est un peu ridicule. Il faut donc l’aborder dans son ensemble.”

Cette histoire fait partie de la série #SeaWorld de Macaranga. La série est soutenue par l’Ambassade de France en Malaisie. Histoire connexe : Recherche Urgente des Super Coraux de Malaisie.

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